Description
Il y a tout cet or, et le regard finit par s’attacher à une joue. Puis aux doigts autour du visage, à la main posée sur une autre main, aux pieds nus qui touchent encore les fleurs. Ces morceaux de peau donnent une chaleur très concrète à une image dont l’ornement pourrait tout absorber.
Les deux corps sont difficiles à séparer sous les vêtements. Les rectangles sombres d’un côté et les formes rondes de l’autre nous aident à les retrouver, mais la grande enveloppe dorée les rassemble presque en une seule silhouette. L’étreinte a ainsi deux dimensions : un contact que l’on imagine proche, et une présence assez ample pour occuper tout un mur.
Les fleurs s’arrêtent juste là
Un détail empêche la scène de devenir entièrement confortable. À droite, près des pieds de la femme, le tapis fleuri s’interrompt net. Le fond doré continue au-delà. On peut lire cette limite comme une fragilité au cœur de l’abandon : le couple semble à l’abri dans sa propre forme, alors que le sol offert à nos yeux est si mince.
Le catalogue du Belvédère situe l’œuvre vers 1907–1909. Son article sur l’usage de l’or par Klimt aide à comprendre cette lumière : les véritables feuilles métalliques de l’original attirent aussi l’attention vers la surface du tableau. L’espace se resserre sur la prairie découpée et la grande forme ornée des deux corps.
Avant le baiser, les amants
La notice rappelle que le tableau fut présenté en 1908 sous le titre Les Amants, avant d’être catalogué comme Le Baiser en 1909. Les archives de la Klimt Foundation le replacent parmi les œuvres de la période dorée. Le premier titre laisse de la place à toute la relation entre ces deux figures ; le second concentre notre attention sur un instant.
Les mains et l’inclinaison des têtes font durer cet instant. La femme ferme les yeux. Le tableau nous donne toutes les raisons de regarder, tout en gardant pour le couple ce que l’on ne peut partager de leur rencontre.






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