CHAPITRE 01 / 20
La Bible et les racines juives
Avant les cathédrales et les conciles, une histoire inscrite dans le judaïsme du monde méditerranéen.
Récits bibliques · Ier siècle

Moïse brisant les Tables de la Loi
Rembrandt
1659 · date du tableau
01
Commencer avant le christianisme
Jésus, ses premiers disciples et les milieux dans lesquels prennent forme les Évangiles appartiennent au monde juif du Ier siècle. Les références à Moïse, aux prophètes, au Temple de Jérusalem et aux Écritures ne sont pas un décor ajouté après coup : elles constituent le langage dans lequel les premières communautés interprètent leur expérience. Les récits d’Abraham, d’Esther ou de l’Exode ont cependant leur histoire propre, antérieure et indépendante de leurs lectures chrétiennes.
La séparation entre judaïsmes et christianismes se construit progressivement, de façon différente selon les lieux. Il serait trompeur de projeter les frontières confessionnelles actuelles sur chaque personnage du Nouveau Testament. L’étude historique confronte les textes, leur transmission et les sociétés où ils circulent ; elle ne transforme pas une peinture du XVIIe siècle en document contemporain de Moïse.

Moïse brisant les Tables de la Loi
Rembrandt
1659 · date du tableau
Gemäldegalerie Berlin

Le Sacrifice d'Isaac
Le Caravage
1603–1604 · date du tableau
Uffizi Gallery
02
Une Bible, plusieurs traditions de lecture
Les chrétiens réunissent un Ancien et un Nouveau Testament. Les Églises catholique, orthodoxes et protestantes ne retiennent pas toujours exactement le même ensemble de livres. Elles partagent de nombreux récits, mais leur manière de les lire, de les traduire et de les associer au culte varie. Le judaïsme ne se définit pas, pour sa part, comme une préparation inachevée au christianisme.
Dans l’art chrétien, une scène ancienne peut être lue comme une annonce d’un événement évangélique : c’est la lecture typologique. La rencontre d’Abraham et de Melchisédech, par exemple, peut recevoir une interprétation eucharistique. Cette association appartient à une tradition chrétienne ; elle n’épuise ni le texte biblique ni ses interprétations juives.

Assuérus et Haman au festin d'Esther
Rembrandt
1660 · date du tableau
Pushkin Museum of Fine Arts

Abraham et Melchisédech
Pierre Paul Rubens
1616 · date du tableau
Musée des Beaux-Arts de Caen
03
Regarder les œuvres sans confondre les temps
Rembrandt fait du geste de Moïse et du silence d’Esther des drames humains ; Caravage concentre le sacrifice d’Isaac autour d’une interruption. Rubens donne à la rencontre des deux figures une ampleur cérémonielle. Ces choix de lumière, de geste et de composition disent aussi quelque chose des sociétés européennes qui ont commandé ou regardé ces tableaux.
Le rapprochement proposé ici est une invitation à comparer des lectures. Il ne justifie ni les accusations collectives contre les Juifs ni l’effacement de leurs traditions. La déclaration catholique Nostra aetate constitue, pour l’époque contemporaine, un document essentiel sur les relations avec le judaïsme et le rejet de la discrimination.
RECHERCHE & LECTURES COMPLÉMENTAIRES
Les sources de ce chapitre
Les liens sous les tableaux renvoient aux collections institutionnelles. Exposition, prêts et accès peuvent changer : consultez le musée avant une visite.